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Myriam François : elle ouvrit le Coran pour prouver qu’il avait tort

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Quand ils ont découvert l’islam

Myriam François connut la vie publique avant l’université. Enfant, elle joua dans le film *Sense and Sensibility* de 1995, puis quitta cette première carrière d’actrice pour se tourner vers l’étude et la réflexion. Lorsqu’elle étudia les sciences sociales et politiques à Cambridge, elle n’était pas sans foi. Elle se décrivit plus tard comme une « catholique sceptique » : croyante en Dieu, mais méfiante envers la religion organisée.

Son scepticisme accompagnait des questions auxquelles les réponses faciles ne suffisaient pas. Si les goûts et les normes sociales changent, existe-t-il encore une vérité morale objective ? Pourquoi sommes-nous ici ? Que signifie être responsable de ses actes et de sa destinée ? La philosophie n’était pas un ornement pour elle, mais une manière de poursuivre ces questions.

Son engagement sérieux avec le Coran ne commença pas par la recherche d’un livre confirmant l’islam. Il naquit d’une dispute avec un ami musulman. François dit l’avoir d’abord lu avec colère pour prouver que son ami avait tort. Elle cherchait une réfutation et ne s’attendait pas à ce que le texte examine aussi ses propres présupposés.

La lecture refusa pourtant de rester dans ce rôle. Revenue plus tard avec un esprit plus ouvert, elle s’arrêta devant l’ouverture d’Al-Fatiha et son adresse à l’humanité. La manière dont le Coran parlait des écritures antérieures lui parut à la fois familière et différente, et l’amena à reprendre des doutes sur le christianisme qui demeuraient sans réponse.

L’histoire passa ainsi d’un débat avec un ami à un examen d’elle-même. Elle trouva dans le Coran la responsabilité personnelle devant Dieu : des actes aux conséquences que nul ne peut porter à la place d’un autre. Pour une étudiante familière des interrogations philosophiques, le texte semblait réunir le but, la morale et le choix dans un même cadre.

François appela le Coran la « mère de toutes les philosophies », ou l’aboutissement de sa réflexion philosophique. Elle ne voulait pas dire que Kant, Hume, Sartre ou Aristote figuraient littéralement dans ses pages. Elle expliquait que les grandes questions rencontrées chez eux étaient ici reliées à la création, à la responsabilité et au sens. Le facteur décisif qu’elle formula fut cette cohérence.

Elle étudia aussi la vie du prophète Muhammad dans la lignée des prophètes qu’elle connaissait déjà : Abraham, Moïse et Jésus. Elle dit avoir dû défaire des images hostiles héritées pour atteindre des informations plus exactes. Son chemin comporta donc deux révisions : celle du texte qu’elle voulait réfuter et celle de l’image qu’elle apportait à son messager.

En 2003, après Cambridge, les profils publiés situent son entrée dans l’islam à vingt et un ans. Les sources ouvertes examinées ne donnent ni le jour de sa profession de foi, ni la mosquée, ni les témoins. Son histoire n’a besoin d’aucune cérémonie inventée : son témoignage établit que la décision suivit une recherche étendue, et non une émotion passagère ou une seule discussion.

La décision ne transforma pas la vie en accueil sans difficulté. Certains amis crurent à une phase qu’elle dépasserait ; d’autres cherchèrent à la comprendre et à la soutenir. Elle resta proche d’amis d’enfance et vit dans leur bonté le rappel que les actes humains ne se réduisent pas aux étiquettes religieuses.

Il y eut aussi des difficultés au sein de la communauté musulmane. François trouva certaines mosquées peu accueillantes et leurs règles déroutantes et stressantes pour une nouvelle venue. Elle fut troublée lorsque la forme extérieure semblait compter davantage que le sens intérieur. Elle ne fit pas des échecs de l’accueil un argument contre la foi, ni de la foi un prétexte pour nier les échecs de ses fidèles.

Elle ne comprit pas non plus l’islam comme une révolte contre la culture britannique ou l’effacement de son identité européenne. Il validait, selon elle, ce qu’elle y avait connu de bon et guidait ce qui devait être corrigé. Le défi devint alors de construire une identité musulmane britannique confiante, sans isolement culturel ni dilution de la référence morale.

Cette question se prolongea dans sa vie ultérieure. Journaliste, présentatrice, écrivaine et réalisatrice, elle poursuivit aussi l’étude de la politique du Moyen-Orient et des mouvements islamiques. Son métier devint l’un des lieux où elle tenta de transformer les valeurs en « éthique vécue » : justice dans le débat public, responsabilité dans la représentation d’autrui et refus de laisser l’opposition excuser l’injustice.

Son histoire inspire parce qu’elle ne promet pas que la foi éteint toutes les questions. C’est sa manière de les porter qui changea. Elle commença à lire pour gagner une discussion, puis accepta que ses propres prémisses soient éprouvées. Après avoir choisi l’islam, elle ne trouva pas toutes les portes ouvertes, mais apprit à distinguer une vérité qui la convainquait des insuffisances humaines de ceux qui la représentaient, et fit de la foi un projet d’identité et d’action.

La critique honnête ne bloque pas la foi ; elle oblige le lecteur à accepter qu’un texte puisse aussi le corriger. François ouvrit le Coran pour prouver qu’il avait tort et y trouva un cadre qui réordonna ses questions sur Dieu, la morale, le sens et la vie qu’elle devait mener.

Sources

Témoignage de Myriam François dans The Peninsula · Entretien de Shafaqna · Profil du New Lines Institute

Photographie : Blaz Photo / Unsplash.