Anisa Kissoon : quand une question d’enfance devint un choix clair

La question d’Anisa Kissoon commença avant que l’islam n’entre dans son horizon. Élevée en Grande-Bretagne dans une famille d’origine caribéenne, elle avait cinq ans lorsqu’elle ne parvint pas à concilier l’affirmation d’un Dieu unique avec l’explication de la Trinité donnée à l’école du dimanche. Elle n’avait pas les mots pour débattre, mais conserva cette interrogation : comment l’Unique pouvait-il être trois ?
À l’adolescence, elle visita plusieurs Églises, toujours en quête d’une compréhension cohérente de la foi en un seul Dieu. L’islam ne lui semblait pas même une possibilité. Elle l’avait pris pour une religion asiatique, attachée à un peuple plutôt qu’un message capable de s’adresser à une jeune Britannique d’origine caribéenne. Ce présupposé ethnique fut l’un des premiers voiles à lever.
La première influence proche vint de son frère. Très jeune, il commença à étudier l’islam et, comme elle l’apprit plus tard, l’embrassa discrètement. Il lui conseillait d’éviter l’alcool, la drogue et les relations nuisibles, tandis qu’il priait et lisait le Coran. Avant d’en comprendre le fondement théologique, Anisa vit dans sa conduite une discipline morale réelle.
Une amie lui suggéra ensuite de se rendre à Hyde Park, où des orateurs s’adressaient librement au public. Elle y entendit Abdul Raheem Green présenter Muhammad comme le dernier messager de la lignée des prophètes qu’elle respectait déjà. Cette rencontre ne remplaça pas des années de questions ; elle relia sa croyance en un Dieu unique au Coran et à la continuité prophétique.
Selon son récit, les éléments s’assemblèrent cette nuit-là : Dieu sans associé, le Coran comme révélation et Muhammad dans la tradition des prophètes. Ne voulant plus demeurer dans l’hésitation, elle se rendit chez son amie, où se trouvait le frère de celle-ci, lui-même converti, et prononça la shahada. [Source]
La déclaration devint le commencement de l’apprentissage. Elle suivit des cours sur les fondements de l’islam et le tawhid, contribua à créer un lieu de prière et un cercle de discussion à l’école, puis parla de son choix avec sa famille. Cet espace permit à d’autres élèves de rouvrir des questions que les étiquettes héritées avaient tenues fermées.
Le coût social apparut rapidement. Elle subit des pressions à propos du hijab, puis les objections de proches chrétiens lors d’un séjour en Jamaïque. Elle ne renonça pas à son amour pour Jésus : elle le comprenait comme prophète et messager, non comme Dieu. Elle défendit ses choix de culte, de tenue et de limites sociales, sans transformer la vie privée de ses proches en objet de jugement public.
Son histoire montre que le premier obstacle n’est pas toujours le rejet de l’islam, mais parfois l’incapacité de le voir au-delà d’un stéréotype ethnique. Lorsqu’elle rencontra son affirmation de l’unicité divine dans ses propres termes, une ancienne question reçut une réponse cohérente. Reste au lecteur une question simple : connaît-il l’islam par les peuples auxquels il l’associe, ou par ce qu’il affirme de Dieu, de la révélation et de la prophétie ?
