Madarej

Le cadeau sans nom

Un cadeau emballé, une étiquette vierge et un livre

Histoires Madarej | 6–9 ans | Sincérité × désir d’être félicité

Une seule loupe

À la fin du dernier cours du mardi, Mme Hanaa posa sur la table une feuille de menthe, une petite plume trouvée dans la cour et une cuillerée de sable dans une coupelle transparente.

Puis elle leva une loupe.

— Aujourd’hui, nous allons chercher ce qui n’apparaît pas au premier regard.

Vingt enfants se rassemblèrent autour de la table. Il n’y avait qu’une seule loupe.

Lorsque vint enfin le tour de Salim, il la plaça au-dessus de la feuille. Un réseau de nervures fines apparut, comme de minuscules routes cachées dans le vert.

— Je croyais qu’elle était seulement… verte !

Mme Hanaa sourit.

— Beaucoup de choses sont plus riches qu’elles n’en ont l’air au premier regard.

Salim reprit la file pour observer le sable, mais la sonnerie retentit avant son second tour.

Sur le chemin du retour, il pensa moins au sable qu’aux vingt enfants qui avaient dû partager une seule loupe.

Une boîte dans le tiroir

Dans sa chambre, Salim avait un tiroir qu’il appelait « les choses qui pourront peut-être servir un jour ». En réalité, il contenait surtout des objets qu’il avait oubliés.

En cherchant une règle, il y retrouva un ancien coffret de sciences : une petite balance devenue capricieuse, des cartes vierges et deux loupes. Il en utilisait parfois une pour regarder les feuilles des arbres. La seconde était encore emballée.

Il la prit, la reposa, puis la reprit.

« Si elle était en classe, pensa-t-il, nous n’attendrions pas si longtemps. »

Le soir, il en parla à son père. Celui-ci vérifia que la loupe était intacte.

— Elle est à toi. Si tu veux l’offrir à la classe, tu peux.

Salim trouva une petite boîte en carton. Il ne voulait pas y mettre seulement la loupe. Il découpa sept cartes et écrivit une question sur chacune :

Que vois-tu dans les nervures d’une feuille ?

Les grains de sable sont-ils vraiment tous pareils ?

À quoi ressemblent les fils d’un tissu de très près ?

Quel est le plus petit détail que tu peux découvrir ?

Sur la dernière, il écrivit :

Regarde encore.

Puis il prit une carte plus grande et écrivit : De la part de Salim.

Il contempla son nom.

Puis il le raya.

À la place, il écrivit :

Pour le coin des découvertes — un cadeau pour la classe, avec l’accord de ma famille.

Il referma la boîte et l’attacha avec une ficelle bleue.

Qui l’a apporté ?

Le lendemain matin, Salim arriva tôt. La classe était vide : un rayon de soleil traversait le sol entre les chaises silencieuses.

Il posa la boîte sur la table du coin des découvertes, s’assit et ouvrit son livre. Il lut trois fois la première phrase sans la comprendre.

Mariam fut la première à remarquer la boîte.

— Il y a un cadeau !

En moins d’une minute, tout le monde était autour de la table.

Mme Hanaa ouvrit la boîte, lut le mot et leva la loupe.

— Elle va beaucoup nous servir. Merci à la personne qui l’a apportée. Est-ce qu’elle souhaite se faire connaître ?

Salim sentit sa main vouloir se lever toute seule.

Personne ne l’y poussait. C’était simplement si facile de dire : « C’est moi. »

Pendant une seconde, il imagina son nom sur le tableau : Merci, Salim !

Puis il aperçut une de ses cartes : Quel est le plus petit détail que tu peux découvrir ?

Sa main resta sur la table.

Après un moment, Mme Hanaa dit simplement :

— La personne préfère peut-être ne pas le dire. Très bien. Nous garderons le cadeau pour toute la classe, comme elle l’a demandé.

Salim ressentit quelque chose d’étrange : une moitié de lui était légère ; l’autre voulait encore entendre son nom, rien qu’une fois.

Des choses minuscules

Au cours de sciences suivant, il n’y avait plus besoin d’attendre autour d’une seule loupe.

La classe observa des nervures de feuilles, de gros grains de sel, un morceau de laine et une peau d’orange. Mme Hanaa expliqua qu’une lentille convexe dévie la lumière et fait paraître les détails plus grands.

Nader regarda la laine.

— De loin, on dirait une seule matière. De près, ce sont des fils sur des fils !

— Et le sel a des angles ! s’écria Mariam.

La boîte passa de main en main. Les cartes devinrent un jeu : on en tirait une, on regardait, on cherchait une réponse.

Personne ne demanda à Salim si le cadeau venait de lui.

Personne ne devina.

À la fin, Mariam dit :

— J’aimerais savoir qui l’a apporté pour le remercier.

Salim ouvrit la bouche, puis la referma.

Nader rit :

— Si c’était moi, j’aurais écrit mon nom en lettres énormes !

Tout le monde rit. Salim aussi, même si son rire resta une seconde de plus coincé dans sa gorge.

La place vide

À la fin de la semaine, Mme Hanaa accrocha les travaux de la classe sur un panneau : Ce que nous avons fait ensemble.

Chaque réalisation portait le nom de ses auteurs.

Un petit carré était réservé au « coin des découvertes ». Mme Hanaa y fixa une carte de questions. Aucun nom.

Salim s’arrêta devant l’espace vide.

Il pouvait le remplir en une seconde.

« Après tout, c’était bien ma loupe », pensa-t-il.

C’était vrai.

Puis une autre question lui vint : « Pourquoi l’ai-je mise dans la boîte au départ ? »

Il revit les vingt enfants qui attendaient leur tour, les angles du sel, le rire de Mariam devant les petits creux de la peau d’orange.

Il laissa l’espace vide.

Pour la première fois, ce vide ne lui donna pas l’impression de perdre quelque chose.

La huitième carte

Deux semaines plus tard, une carte disparut et une autre fut mouillée jusqu’à devenir illisible.

Comme personne ne savait qui les avait fabriquées, personne ne savait à qui demander de les remplacer.

Le soir, Salim en refit deux. Puis il en ajouta une nouvelle :

Qu’est-ce qui a changé lorsque tu as regardé avec plus d’attention ?

Le lendemain, il attendit le moment où Mme Hanaa demanda :

— Qui peut ranger ces livres dans la petite bibliothèque ?

Salim leva la main, rangea les livres, glissa les cartes dans la boîte et revint à sa place.

Cette fois, son cœur battait moins fort.

C’était devenu un peu plus facile.

Quelques mois plus tard

La boîte à loupe était désormais un objet ordinaire de la classe. Des enfants y avaient ajouté des feuilles séchées, de petits morceaux de roche et leurs propres cartes de questions. Plus personne ne demandait qui avait apporté la loupe la première fois.

Un matin, Salim observa l’aile légère d’une graine sèche. Il découvrit de fines lignes qu’il n’avait jamais remarquées.

Puis il éloigna la loupe et vit sa surface couverte d’empreintes de doigts.

Celles de Mariam, peut-être. De Nader. De Mme Hanaa. D’autres encore, impossibles à distinguer.

Il se souvint de la ficelle bleue, du grand mot et de l’espace vide sur le tableau.

Puis il sourit.

La loupe ne lui appartenait plus vraiment.

Elle était devenue une petite fenêtre par laquelle toute la classe voyait ce qu’elle aurait pu manquer.

Et c’était, depuis le début, la raison pour laquelle il l’avait mise dans la boîte.


Après l’histoire

  • Pourquoi Salim a-t-il parfois eu envie de dire que le cadeau venait de lui ?
  • Toute bonne action doit-elle rester secrète ? Dans quels cas faut-il dire qui a fait quelque chose ou d’où cela vient ?
  • Quelle question ajouterais-tu au coin des découvertes ?

Petite expérience : regarde encore

Choisis un objet sûr : une feuille, un tissu, une pierre ou la couverture d’un livre. Observe-le pendant une minute entière, puis écris ou dessine trois détails que tu n’avais pas remarqués. Pas besoin de loupe : il s’agit d’apprendre à regarder avec attention.

Pour l’adulte qui accompagne la lecture

L’histoire travaille la sincérité et le moment où naît le désir d’être félicité. Elle ne dit pas que toute bonne action doit être cachée. Il peut être nécessaire de nommer son travail pour préserver un droit, donner une source, rendre des comptes, enseigner ou assumer une responsabilité. Se réjouir d’un compliment non recherché est également différent du fait d’agir dès le départ pour obtenir des éloges.

Repères : Coran 98:5 ; « Les actes ne valent que par les intentions » (Sahih al-Bukhari, 1) ; et le hadith d’Abu Dharr au sujet de celui qui fait le bien puis reçoit les louanges des gens : « C’est la bonne nouvelle anticipée du croyant » (Sahih Muslim, 2642). Les limites éducatives s’appuient aussi sur les chapitres consacrés à la sincérité dans Ahsan al-Akhlaq et Pour Allah seul — La sincérité de la série Madarej sur les œuvres du cœur.

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